HEUREUX LES AFFLIGES !


Quand j'étais adolescent
Et me voyant triste d'être disgracié
Le curé de chez nous me disait :

"Mon garçon
Se sont abattus sur toi beaucoup de misère
Beaucoup de malheur
Et je comprends que tu sois triste
Et que parfois tu pleures
Mais je suis venu te dire que ce n'est pas en vain
Que ce n'est pas pour rien
Que tu endures :
Tu souffres pour les autres mon garçon!
Par ta souffrance tu rachètes le péche du monde
Tu es comme un paratonnerre
Pareil au Christ en croix
Sèche tes larmes, réjouïs toi, crie ta joie!
D'avoir la chance d'être fichu comme tu l'es
D'avoir le droit ici sur terre
De la porter ta croix...
Ta place est préparée dans les demeures du Père
Ne crains pas mon enfant
Tu n'as pas à t'en faire..."

Moi je laissais parler poliment le curé
Mais je pensais par devers moi
Que j'en avais rien à foutre des autres!
Du bonheur des gens heureux
Et qu'il pourrait bien la prendre aussi ma croix
Si elle lui manquait tant que ça!

Et tandis qu'il discourait les yeux au ciel
Et s'enflammait
Sourd à ses propos
Maussade
je songeais à l'ennui des heures grises
A l'angoisse des jours mauvais
Au regard absent des filles qui jamais ne me souriaient
Ou si mal
Se frottant à d'autre le samedi soir au bal...
J'étais un moins que rien, un "minus man"
Ne m'en consolais pas
Et toutes les bonnes paroles
Aussi saintes fussent elles
Etaient cautères sur jambe de bois
Et mon âme restait à la peine
Et mon coeur aux abois

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